Le Baiser De Rodin à nos jours

Le Baiser De Rodin à nos jours
Musée des beaux-arts, Calais
8 avril - 17 septembre 2017

A l’occasion de centenaire de la mort de Rodin, le musée des beaux-arts de Calais rend hommage au grand maître de la sculpture française, en consacrant une exposition à l’un des thèmes les plus populaires et célèbres de son œuvre : le Baiser !

A travers le regard d’artistes internationaux – parmi lesquels Rodin, Chagall, Jacques Monory, Ange Leccia, Douglas Gordon,..., et une diversité de médiums et de disciplines artistiques (peinture, sculpture, installation, bande dessinée, cinéma, photographie, vidéo), l’exposition cherche à montrer l’évolution de ce thème dans l’art depuis la création du Baiser par Rodin en 1887.

Les oeuvres viennent questionner l’image d’une nouvelle réalité et son expression communicative. Les artistes exposés ont en commun d’aborder le baiser avant tout comme un langage. Entre mythe et réalité, entre codes et protocoles d’hier, d’aujourd’hui et de demain, ils (re)pensent la relation à l’Autre.

Imaginée en hommage à Rodin, l’exposition « Le Baiser, de Rodin à nos jours » dépasse le cadre d’une présentation chronologique, donnant à voir des œuvres remarquables sous des thèmes et des angles différents. Elle permet ainsi de redécouvrir la richesse et la diversité de la création de la fin du XIXe siècle au début du XXIe siècle.

NOTE D'INTENTION

Par Florence Guionneau-Joie, commissaire de l’exposition

A l’occasion de la célébration de l’Année Rodin en 2017, il nous est donné de rendre hommage à ce grand maître de la sculpture française, en consacrant une exposition au thème du baiser en référence à sa célèbre composition. En 1887, Rodin décide de faire de cette représentation du bonheur et de la sensualité une œuvre autonome, initialement prévue pour le vantail de la Porte de L’Enfer. Présentée au Salon de 1887, le succès fut immédiat auprès du public qui la baptisa Le Baiser.

Symbole de la passion amoureuse, de l’amour maternel mais aussi de la transgression et de la mort, la représentation du baiser occupe une place très particulière dans l’histoire des arts. En effet, ce thème est celui qui fut le plus décrit, peint, fantasmé, métamorphosé ou maltraité et ceci, à presque toutes les époques depuis le décor antique jusqu’à la création contemporaine. Les artistes ont de tout temps porté une attention particulière à la représentation de ce sujet et symbole universel, que ce soit dans des scènes allégoriques, mythologiques, mystiques ou métaphoriques et quels que soient les médiums artistiques.

Le Baiser de Rodin a marqué son temps. Qu’en est-il des représentations du XXe siècle ? Quelles évolutions ou révolutions peut-on noter depuis la fin du XIXe siècle  ? Pourquoi les artistes s’y intéressent-ils encore aujourd’hui  ? Comment renouvellent-ils la représentation de ce thème si fortement ancrée dans l’histoire de l’art ?

Intime, romantique, sensuel, maternel, sauvage, social ou politique, tel est le baiser. A travers le regard d’une cinquantaine d’œuvres, d’objets et documents divers, l’exposition cherche à montrer l’évolution de ce thème dans l’art de la fin du XIXe siècle à nos jours. Les œuvres - peintures, sculptures, photographies, vidéos et installations, extraits de films ou de documentaires, extraits de musique, de danse, et bandes dessinées - viennent questionner tout autant l’image d’une nouvelle réalité que son expression communicative. Tous les artistes exposés, parmi lesquels Rodin, Chagall, Jacques Monory, Ange Leccia, Pierre et Gilles ou encore Mélanie Manchot et Brigitte Zieger, ont en commun d’aborder le baiser avant tout comme un langage social. Entre mythe et réalité, entre codes et protocoles d’hier, d’aujourd’hui et de demain, ils (re)pensent la relation à l’Autre.

Innovante, festive et pluridisciplinaire, l’exposition «  Le Baiser, de Rodin à nos jours  » entend bousculer le parcours classique et dépasse le cadre d’une exposition chronologique, donnant à voir des œuvres d’art, des références littéraires et musicales, cinématographiques (affiches, photos, extraits de films) et audiovisuelles (extraits documentaires ou émissions) ou du 9e art. Elle se déploie en six chapitres croisant les approches historiques, symboliques et poétiques. Chaque proposition invite naturellement à des correspondances imaginées ou révélées entre œuvres et à des rapprochements entre domaine artistique.

En première partie, «  le Baiser d’Amour » entend aborder l’amour-vrai ou la profondeur des sentiments, déconnecté du plaisir charnel, dans une approche romantique et onirique. Du baiser maternel, des gestes de tendresse d’un père pour son enfant, ou d’un baiser amical ou fraternel, du premier baiser, il s’agit d’aborder la profondeur du sentiment, l’expression d’un amour absolu qui donne naissance à une chaleur humaine, à ce moment romantique, plein de tendresse et d’affection. Les figures du baiser sont ici faites de retenues, pudiques, et passent souvent par l’intensité du regard dans la grande tradition des scènes de l’amour courtois. Cette partie ouvre par la représentation sensuelle du Baiser de Rodin, puis se déploie avec celles de Ronsard, Eugène Carrière, Chagall, Victor Vasarely, l’installation d’Ange Leccia, les extraits de films des plus beaux baisers, les chansons comme Kiss Me forever de Julien Doré, etc..

« Le Baiser prédateur » manifeste l’expression d’un désir, charnel et érotique, qui s’articule autour de la notion d’appropriation de l’Autre. A travers une diversité de figures - tension, contorsion, corps à corps, narcissisme, fusion, empreinte -, le baiser prédateur aborde le rapport dominant/dominé de l’homme sur la femme, et inversement, ou entre deux êtres de même sexe en fonction des époques : de l’érotisme surréaliste de Victor Brauner, ou de Francis Picabia, au penchant narcissique de l’Amour de soi avec Pulsam ou Douglas Gordon, aux rapports dominant/dominé de Brigitte Zieger, en passant par Tant qu’il y aura des Hommes de Fred Zinnemann de Burt Lancaster et Deborah Kerr (1953), du baiser dans La Belle et le clochard (1955), ou encore celui de Romy Schneider et Alain Delon dans La Piscine, de Jacques Deray (1969).

« Le Souffle du baiser » introduit la trace mémorielle, le souvenir d’un baiser éphémère qui s’inscrit dans l’éternité. Sous couvert de mythologie, il est salvateur, donne la vie, sort les êtres d’un sommeil éternel, rend immortel. Il est fantasmé dans une vision onirique. Tout aussi étrange que cela puisse paraître, la création artistique du XXe siècle illustre aussi la survivance de ce mythe. A travers de nouveaux récits, il s’est métamorphosé, adapté en fonction des évolutions techniques : la Belle au bois dormant d’Alberto Capelliani, Bourdelle, Gérôme, Katia Bourdarel, Claude Levèque, Smith & Steward, les films Ghost (1990) et du baiser de Eve à Wall-E (2008) etc..

« Le Baiser mortel » est l’expression d’un amour transgressif ou interdit. Chez nombre d’artistes traitant cette iconographie déstabilisante, des surréalistes en passant aux post-conceptuels d’aujourd’hui, l’amour y est souvent impossible, mortel, aveugle ou sulfureux. Il est fait d’interdit, de trahison et de mensonge : des oeuvres de Wang Du, Jan Von Oost, Joël Peter Witkin, Pierre Malphettes, Pierre et Gilles ou encore Florian Cochet et son baiser de Judas ; des extraits d’un baiser de la mort dans Le Parrain de Francis Ford Coppola (1972), les Prédateurs de Tony Scott avec David Bowie et Catherine Deneuve (1983).

« Le Baiser social » s’empare de ce geste symbolique d’embrasser pour défendre une cause, un statut, une posture. Il est tout autant corps social que corps politique pour imposer cette nouvelle attitude : les extraits de reportages de l’émission Sexy-folies (1986) des premiers concours de baiser dans la rue à Paris en relation avec la démarche artistique de Mélanie Manchot, qui demande aux gens de l’embrasser et confronte une part d’elle, la bouche, aux codes conventionnels de l’espace public. Christelle Familiari interroge elle aussi le corps social, en créant des Cagoules pour amoureux qu’elle vend, accompagnées d’un protocole artistique. Le baiser interminable dans la vidéo Kiss de Kelly Lamb ou d’Andy Warhol, s’inscrit aussi dans la dimension du corps social. Le baiser « solidaire » de Clémentine Célarié à un jeune homme séropositif au cours du Sidaction (1994) revendique ce discours engagé.

« Le Baiser esthétisé » propose une vision décalée, débarrassée là encore de toute charge érotique. Cette dernière partie s’intéresse aux figures imposées (lieu, espace, temps) dans lesquels les baisers sont échangés. La représentation de l’image du baiser est devenue à elle seule un sujet à part entière : des baisers radiographiés décortiqués de Wim Delvoye, aux installations de Gérard Colin-Thiebault. Autre cas de figure, les images des baisers en mouvement échangés dans un train, dans une voiture, sur le quai d’une gare. Le train, la voiture sont nés en même temps que le cinéma. Les baisers en écho à l’évolution des comportements individuels et collectifs se sont déplacés de la sphère privée vers la sphère publique. De nombreux artistes et photographes ont ainsi capté ces baisers « voyageur » : Willy Ronis, Robert Doisneau, Mélanie Manchot.

Cette exposition se clôturera par une fresque-oeuvre, immersive et collective. L’idée est de proposer aux visiteurs une expérience de visite participative, collaborative et ludique en lien avec cet univers et de participer à une œuvre collective. Les visiteurs seront invités à laisser une trace de leurs propres inspirations d’un baiser éphémère en partageant leurs images (portraits pris in situ grâce à une cabine photomaton numérique ou images issues de la galerie photo de leur smartphone), accrochées pour l’occasion à la manière des documents accumulés par des artistes dans leur studio (polaroïd, vieilles cartes postales, pages de magazines déchirées, planche contact, photo jaunie, copie de photos personnelles ou trouvées sur internet et les réseaux sociaux, etc.).

Ainsi au croisement du sacré, de la sensualité, du social et du politique, le baiser est un geste culturel et psychologique dont les représentations rendent compte certes de l’évolution des sentiments amoureux mais reflètent aussi l’évolution des comportements dans nos sociétés.

Plan d'accès

INFORMATIONS PRATIQUES

Musée des beaux-arts

  • 25 rue Richelieu - 62100 Calais

    tél : +33 (0)3 21 46 48 40
    musee@mairie-calais.fr www.musee.calais.fr
    facebook : mbacalais

Horaires

  • Le musée est ouvert du mardi au dimanche de 13h à 18h (17h de novembre à mars). Visites possibles pour les groupes dès 9h.

    Fermé le lundi et les jours fériés.

Accès

  • Autoroute A 26 ou A 16, sortie n°43, direction “centre-ville” ou “sous préfecture”. Gare sncf Calais-Ville (5 mn à pied)
 Gare sncf Calais Frethun puis navette sncf jusqu’à la gare de Calais-Ville.
 Parking gratuit dans les rues adjacentes.

Tarifs

  • Billet (collections permanentes et exposition temporaire) : 4 €, tarif réduit : 3 €
 Tarif réduit appliqué aux visiteurs handicapés, en recherche d’emploi, aux plus de 65 ans, aux - de 18 ans et aux étudiants.

    Pass Musée des beaux-arts + Cité dentelle 7 € la semaine ou 22 € l’année (tarifs réduits 5 € et 16 €)

    Gratuit pour les - de 5 ans, les établissements scolaires et les centres de loisirs de Calais ainsi que les premiers dimanches du mois.

    Le musée bénéficie des labels Tourisme et handicap et Qualité Tourisme.