Château de Pont de Briques

La demeure napoléonienne boulonnaise la plus émouvante, la plus évocatrice, est le château de Pont-de-Briques. Cette simple et charmante gentilhommière, construite en pierres grises de pays sur le bord de la route de Paris, à 6 km au sud de la ville, tient une place particulière dans l'histoire du Consulat et de l'Empire, car Napoléon l'occupa près de cent jours au moment où il façonnait de ses mains puissantes la France nouvelle.
Son activité y fut intense et il n'est guère de problèmes, non seulement militaires mais aussi politiques, diplomatiques et administratifs, qu'il n'y ait abordés ou traités. Il y dicta plusieurs centaines de lettres et y signa près de 1 500 décrets. Toutes les semaines, un auditeur du Conseil d'État apportait le portefeuille contenant les affaires courantes de chaque ministère. Lorsqu'ils avaient un travail important à présenter, les Ministres se déplaçaient de Paris. C'est ainsi que Gaudin, Ministre des Finances, Barbé-Marbois, du Trésor Public, et Talleyrand, des Relations Extérieures vinrent à Pont-de-Briques. Quant à Berthier, Ministre de la Guerre, Decrès de la Marine, et Maret, Secrétaire d'État, ils en étaient commensaux habituels. Parmi les innombrables questions ou affaires traitées à Pont-de-Briques.

il faut citer :

  • La création des drapeaux de l'Empire.
  • Les aigles qui firent le tour de l'Europe
  • Le règlement pour les avocats du Conseil d'État
  • L'organisation de l'École des Ponts-et-Chaussées
  • Du prytanée Militaire
  • La remise en usage du calendrier grégorien
  • etc...

On vit aussi à Pont-de-Briques, Lacépède, le premier grand chancelier de la Légion d'honneur. Plus de 1 000 des premières nominations dans l'ordre y furent d'ailleurs signées.

C'est à Pont-de-Briques, en Août 1805, que Napoléon, sous la pression des événements prend la décision capitale d'abandonner l'invasion de l' Angleterre, pour faire face à la coalition austro-russe. Au cours d'un repas, il brise son verre en s'écriant . "Eh bien ! puisqu'il faut y renoncer, nous entendrons la messe de minuit à Vienne ! "
Mais ce n'est pas de gaieté de cœur qu'il va se lancer dans cette nouvelle guerre continentale. Il songe à son œuvre de .restauration de la France qu'il n'a pas encore eu le temps d'achever, et le 24 Août, il écrit à Barbé-Marbois : "Je m'afflige de ma manière de vivre qui m'entraîne dans les camps, dans les expéditions, détourne mes regards de ce premier objet de mes soins, de ce premier besoin de mon cœur : une bonne et solide organisation de ce qui tient aux banques, aux manufactures et au commerce..."

L'administrateur souffre d'être obligé de céder le pas au capitaine ! Il semble même appréhender l'aventure guerrière qui l'attend, comme s'il pouvait déjà suivre des yeux cette courbe sublime et tragique qui, semblable à une fusée montant à l'assaut des cieux, va partir de Boulogne pour aller se perdre, un soir de juin 1815 dans la boue et le sang de Waterloo, "Tout finit : la beauté, l'esprit, le sentiment, le soleil lui-même," a-t-il écrit à Joséphine quelques jours auparavant, et son entourage l' a entendu déclarer que "gouverner un grand pays" était "une chose bien triste", et que pour être "heureux" il était préférable de "jouir de sa liberté" avec "30 000 livres de rente". Il n'est toutefois pas homme à s'abandonner à l'anxiété qui l'étreint et à s'attarder dans le vain regret d'un bonheur simple et bourgeois. Il jette les dès et, à partir du 25 Août, c'est une avalanche d'ordres, Il met en marche vers l'Est ses troupes auxquelles il vient de donner le nom superbe de Grande Armée. Il a en tête tout le plan de sa campagne et il en fait confidence non seulement à Daru, mais encore à son frère Joseph et à Monge, Ce plan, il l'exécutera point par point, Si bien que le prince Joseph lui écrira le 23 octobre après la capitulation de l'armée autrichienne à Ulm : "Sire, j'ai su les succès prodigieux des armées de Votre Majesté, et ce n'est pas sans admiration, je l'avoue, que je me rappelle tout ce que vous avez bien voulu me dire à Boulogne. Votre Majesté exécute ponctuellement tout ce qu'elle a imaginé...".. Quant à Monge, le 12 décembre suivant, apprenant la victoire d'Austerlitz, il adressait à son gendre ces lignes enthousiastes : "Dieu, que je soupçonne d'être un peu amoureux de notre belle France, a soufflé à Boulogne sur Napoléon qui eut alors la bonté de me dire ce qu'il allait faire et qui, depuis, a fait juste ce qu'il avait dit, date par date, en sorte que quand je l'ai vu à Linz, je lui ai dit : vous les faites mat avec un pion coiffé !"

Pont-de-Briques n'étant pas assez vaste pour abriter toute la suite de Napoléon une partie de celle-ci s'était logée dans les proches environs. Larrey avait aménagé dans le manoir de Quéhen, à Isques, l'infirmerie de la Garde dont un détachement baraqué au pied du Mont d'Herquelingue, veillait sur le Quartier Général Impérial. Berthier bien que disposant d'une maison et de bureaux en haute-ville de Boulogne avait choisi comme maison de campagne le Château d'Hesdin-l'Abbé. Maret occupait, avec quelques fonctionnaires de son ministre, le petit Château d'Hermeraingue, également à Isques. Dans le parc de cette demeure jaillit une source appelée Fontaine de l'Empereur pour avoir fourni en eau la table de Pont-de-Briques. Quant aux invités de Napoléon, en l'occurrence le ménage Murat et Hortense de Beauharnais et son fils, ils eurent la jouissance d'un autre petit Château celui d'Audisques à Saint-Etienne-au-Mont.

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